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Comment la règle du ォvrai nomサ de Facebook a mis la vie d置ne féministe indienne en danger

Comment la règle du ォvrai nomサ de Facebook a mis la vie d置ne féministe indienne en dangerMon ami Sands Fish étudie la science des données au MIT et, comme la plupart des gens de son âge, il est sur Facebook. Mais, cet été, il a dû brusquement quitter le réseau social après avoir reçu un message automatique lui demandant de prouver son identité ou, à défaut, il verrait son compte suspendu. Le fait est que Facebook oblige ses utilisateurs à s段nscrire sous leur ォvrai nomサ. La rareté de ce prénom, Sands, qui est plus combiné avec ce nom de famille, venait visiblement d誕ffoler les robots vérificateurs de Facebook et voilà que mon ami allait avoir sept jours pour envoyer la copie d置ne quelconque pièce d段dentité officielle s段l ne voulait pas perdre l誕ccès à son compte. Après quelques semaines à ronger son frein, Sands s弾st finalement plié aux exigences de Facebook et leur a envoyé un scan de son permis de conduire, prouvant que ォSands Fishサ nétait pas un pseudonyme humoristique à connotation marine (Sands Fish peut vouloir dire ォpoisson des sablesサ, NDT), mais bien son nom de naissance. Son compte fut réactivé.

À plusieurs milliers de kilomètres de là, au Kerala, une femme nommée Preetha G. allait vivre une expérience similaire. Écrivaine et féministe engagée, Preetha est suivie par 27.000 personnes sur Facebook. Elle y intervient fréquemment pour débattre de questions touchant au genre et à la politique, et fait partie de ces nombreuses femmes indiennes à voir dans la plateforme un espace d弾xpression que leur dénie la vie publique de leur pays. Pour Inji Pennu, blogueuse née au Kerala et vivant désormais en Floride, Facebook est ォun endroit où nous pouvons nous retrouver entre femmes et dire au monde 屠e ne veux pas que des hommes me tripotent quand je vais à lécole, 屠e ne veux pas que des hommes me disent quel travail je dois faire, 屠e ne veux pas que mes parents m弛ffrent à un homme en mariage判.

Lété dernier, à la fin juillet, un homme politique du Kerala propose une loi interdisant aux femmes de mettre des jeans. Preetha est indignée. Elle en parle sur Facebook, organise la riposte. Puis les trolls arrivent avec leur cortège d段ntimidations et d段nsultes. Ces joyeusetés, elle en a l檀abitude. Par contre, la nouveauté cette fois-ci, c弾st que son compte est désactivé et qu弾lle reçoit le même message arrivé chez Sands quelques semaines auparavant.

À l段nstar de Sands, Preetha est accusée d誕voir enfreint la règle du ォvrai nomサ. Mais contrairement à Sands, ce n弾st pas un robot qui l誕 dénoncée. C弾st un autre utilisateur 朴robablement un de ses harceleurs. Et contrairement à Sands, on ne lui offre aucun sursis, aucun temps de réaction. Sans le moindre avertissement, l誕ccès à Facebook lui est interdit du jour au lendemain. Dans un lieu où elle était auparavant libre de s弾xprimer, Preetha est réduite au silence. La situation allait encore s誕ggraver.

Règlement identitaire
Une page ォPreetha la prostituéeサ apparaît sur Facebook. On y voit des photos trafiquées de Preetha où elle est court vêtue, où elle boit et fume 紡utant de choses pour lesquelles une femme peut avoir de gros problèmes dans cette région du monde. Sur une autre page, des commentateurs menacent de s弾n prendre à son fils.
Dans ォla vraie vieサ, Preetha ne mentionne pas son nom de famille, marqueur social très lourd qui indique la caste dont elle est originaire

Sans accès possible à Facebook, Preetha ne peut réagir à ces agressions. D誕utres femmes se mettent à la défendre et elles sont affligées des mêmes maux. Quand Inji Pennu dénonce ces agissements, elle reçoit un message l段ntimant à ォfermer sa gueuleサ. ォOn va tétrangler sur Miami Beachサ, conclut le message. Preetha ne peut rester plus longtemps sans rien faire. Elle décide d弾nvoyer un scan de sa carte d段dentité à Facebook.

Le problème, c弾st que Preetha n誕vait même pas enfreint la directive du ォvrai nomサ. Comme l弾xige Facebook, elle apparaissait sous sa ォvéritable identitéサ, c弾st-à-dire le nom qu弾lle utilisait dans la vie de tous les jours. Et elle nétait pas la seule. Des milliers d置tilisateurs de Facebook, que ce soit des Amérindiens, des religieux ou des personnes transgenres ont souvent constaté à leurs dépens que cette exigence de ォvrai nomサ n弾st pas assez ォvéritableサ ou ォauthentiqueサ pour prendre en compte leur identité ou leur parcours de vie incontestablement réels. Depuis des années, les communautés sont nombreuses à porter régulièrement ce problème à l誕ttention de Facebook. En vain.

Dans ォla vraie vieサ, Preetha ne mentionne pas son nom de famille, qui indique la caste dont elle est originaire. Ce ォnom de casteサ est un marqueur social très lourd. Même si les castes ont été techniquement abolies en Inde, il s誕git toujours d置n système de hiérarchie sociale extrêmement puissant. Lorsque Facebook a réactivé le compte de Preetha, il allait afficher son nom complet, y compris son nom de caste. Certaines castes sont plus vulnérables que d誕utres. Mes collègues sud-asiatiques m弛nt expliqué qu置ne telle mention est suffisante pour que vos ennemis puissent vous menacer de la manière la plus grave qui soit en toute impunité. De même, la police fait généralement la sourde oreille lorsqu弾lle reçoit une plainte d置ne personne issue d置ne caste inférieure.
Après trois semaines de requêtes urgentes et autres réclamations envoyées à Facebook, et d誕ppels téléphoniques passés auprès d弾mployés du réseau social par des membres de Global Voices, où Inji et moi-même travaillons, Preetha allait voir son nom rétabli comme il lui sied.

Contrôle au faciès
Mais, pour elle, l檀istoire est loin dêtre terminée. Elle ne fait même que commencer, car internet a la mémoire longue. Facebook a fait passer la liberté d弾xpression de l誕gresseur devant celle de l誕gressée

La personne qui a signalé Preetha à l誕ide du bouton dédié y a vu une tactique, un mécanisme pour la réduire au silence. Ce qui a fonctionné. Facebook a fait passer la liberté d弾xpression de l誕gresseur devant celle de l誕gressée. J誕i ensuite appris que Facebook nétudie pas les signalements reçus en fonction des événements récents et des échanges entre les parties concernées. Par exemple, si la personne ayant signalé Preetha est la même qui a créé la page ォPreetha la prostituéeサ, cela n誕 aucune incidence sur l誕ction mise en œuvre par Facebook. Quand le réseau social reçoit un signalement pour violation de son règlement identitaire, il demande automatiquement à la personne signalée de prouver son identité.

Bon nombre des techniques de modération de Facebook reposent soit sur des technologies d誕pprentissage automatique, soit sur les signalement des membres de la ォcommunautéサ Facebook. Mais c弾st un peu comme si McDonald痴 se déclarait ォcommunauté de mangeurs de hamburgersサ. Rien de spécifique n置nit les usagers de Facebook, si ce n弾st la joie basique et fondamentalement neutre que peuvent ressentir des êtres humains lorsqu段ls se relient les uns aux autres. Et Facebook n誕 pas de conditions d置tilisation, mais des ォstandards de la communautéサ, une formule qui laisse entendre que nous sommes tous unis ou que ces standards ont naturellement évolué d置n quelconque accord commun quant à ce qui est juste et bon sur Facebook. C弾st dans ces ォstandards de la communautéサ que les utilisateurs apprennent que, ォlorsque les personnes expriment leur avis et agissent en utilisant leur véritable identité et leur réputation, notre communauté devient davantage responsableサ.

Le traitement réservé à Sands et Preetha est souvent comparé aux contrôles aléatoires (et poussés) que la police peut effectuer dans les aéroports ou au vendeur d置ne supérette qui vous demande votre carte d段dentité pour vérifier que vous avez bien lâge légal d誕cheter de l誕lcool. Mais, en réalité, la chose ressemble davantage à un contrôle au faciès ou à un quelconque profilage. La volonté de Preetha de faire disparaître un marqueur social 膨弾st-à-dire l段ndice de sa valeur relative en tant quêtre humain aux yeux d置n système social archaïque a été foulée aux pieds par Facebook. Si l誕gression est venue d置n autre utilisateur, c弾st bien l段gnorance culturelle de Facebook qui, au départ, l誕 rendue possible. Et quand Preetha a voulu expliquer au réseau social qu段l avait fait une erreur, il a attendu bien trop longtemps avant de la corriger.

Contrôle social
La personne qui a signalé Preetha à l誕ide du bouton dédié y a vu une tactique pour la réduire au silence. Ce qui a fonctionné
Il existe des cas où, évidemment, le ォvrai nomサ d置ne personne renforce sa responsabilisation. Facebook a de nombreuses raisons de vouloir conserver cette directive, et la question de la responsabilité des propos de ses utilisateurs en est une. Reste que je suis persuadée que la motivation de cette contrainte est bien davantage d弛rdre commercial. Vu son nombre incalculable d置tilisateurs, Facebook serait bien mal en peine de vérifier leur identité à leur inscription, mais ne pas faire respecter une telle directive mettrait aussi à mal son modèle économique. Nous savons tous que Facebook tire le gros de ses revenus des informations personnelles qu段l revend aux annonceurs. Et ce qui rend ces informations si précieuses et si puissantes dans le secteur économique mondial des données, c弾st qu弾lles sont a priori très étroitement liées à de ォvéritablesサ personnes. Comme Facebook ne peut vérifier formellement l段dentité de tous ses utilisateurs, il met en œuvre un contrôle social où se mélangent les performances des machines et les signalements des humains. Si quelques rares utilisateurs peuvent quitter Facebook parce qu段ls ne sont pas d誕ccord avec ses directives, la grande majorité préfère s馳 plier par crainte de perdre tous les avantages que Facebook peut leur offrir.
Une situation qui défie autant de choses que nous avons pris l檀abitude de croire 僕a neutralité des algorithmes, l段ntelligence des foules, le pouvoir de la liberté d弾xpression.

Vous ne vous sentez peut-être pas concerné par l檀istoire de Preetha, mais celle de Sands pourrait sans doute davantage être la vôtre. La règle du ォvrai nomサ ne vous créera peut-être jamais de désagrément. Sans doute qu弾lle ne vous fera jamais craindre pour votre vie. Mais il est évident que les technologies et les directives de Facebook ont encore beaucoup de chemin à parcourir pour comprendre et assumer la responsabilité qui est la leur quand elles prétendent imposer aux choses et aux gens du monde leur ォréalitéサ.

Le 30 octobre, le réseau social a fait savoir que sa règle du ォvrai nomサ allait être assouplie et qu置ne version test devrait voir le jour en décembre 2015. Facebook veut ainsi laisser la possibilité à ses utilisateurs d弾xpliquer pourquoi leur situation exige l置sage d置n pseudo lors de létape de confirmation de leur nom. Et les personnes signalant un profil Facebook comme non conforme à la règle du ォvrai nomサ devront expliquer les raisons de ce signalement.

Ellery Biddle
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